Rencontre avec Yacine, le créateur d’Elyx

25 juin 2015

Nous sommes parties à la rencontre de Yacine, le propriétaire de la main qui fait vivre Elyx sur les réseaux sociaux depuis plus d’un an et demi ! Une belle rencontre pleine d’optimisme sur un avenir où le vivre ensemble et le partage de valeurs communes l’emportent sur nos différences… Et tout cela grâce à un petit bonhomme bâton !

 

▪ Bonjour Yacine, peux-tu nous présenter ton parcours et le chemin qui t’a mené à la création d’Elyx ? ▪

J’ai fait plein de choses dans ma vie et Elyx c’est un peu la cristallisation de ce que j’ai réalisé durant 20 ans. Lors de mes études multimédia aux Arts Décoratifs, c’était la 1ere section digitale à l’époque, j’ai gagné un concours d’illustrateur à Paris pour animer une revue qui s’appelait XL. J’ai collaboré avec ce magazine durant 2 ans et je faisais quasiment ce que je fais maintenant : des petits bonhommes qui se baladaient à travers les pages de cette revue.

A la fin de mes études j’ai commencé une carrière dans le digital. J’ai fais des CD-ROM, j’ai bossé durant 2 ans pour Arte avec l’émission scientifique Archimède… Et en fait, j’avais complètement arrêté IXEL, je ne pouvais pas tout faire… J’adorais ça pourtant, c’était mon rêve d’enfant…

 

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© Elyx by Yak
 

En 2000 j’ai créé un collectif artistique digital qui s’appelle Electronic Shadow et qui fête ses 15 ans cette année. Nous avons inventé le Mapping Vidéo, nous avons fait énormément d’installations, de scénographies, de spectacles… Et en 2011, j’ai commencé à avoir une réflexion en peu latente sur le digital et j’ai eu une espèce de lassitude de la complexité du numérique, un besoin de revenir à l’essentiel… Tout ce qu’on avait annoncé sur la fusion entre le réel et le virtuel était en train de s’accomplir et pour moi le curseur était en train de se déplacer de l’outil numérique à l’humain, c’est-à-dire à l’humain numérique : la manière dont le téléphone portable devient une extension du corps et du cerveau.

Plutôt que de chercher à créer des expériences localisées pour un public qui viendrait avoir sa dose de digital, il s’agissait donc plutôt de dématérialiser la proposition. Elyx est une sorte de réalité augmentée très « cheap » en terme de moyen et en même temps très puissante en terme d’évocation. J’ai repris un outil que j’avais abandonné depuis 15 ans : ma main d’artiste, de dessinateur. En fait, au bout d’un moment, je l’ai regardé et je me suis dit : « Mais c’est ultra puissant ce truc ! C’est rapide, ça ne plante pas, ça fait exactement ce que je veux, c’est connecté à mon cerveau… On met un feutre au bout et ça écrit ! Et sur du papier, il y a une trace qui est laissée, que je peux prendre en photo et diffuser sur les réseaux sociaux ». J’ai donc repris le dessin en parallèle de mon travail et puis il y a un an et demi, à force de le faire et de voir le réseau grossir, je me suis lancé ! Et par bonheur, cela semble correspondre à une attente du moment, à l’air du temps. Depuis le projet ne cesse de se développer !

 

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© Elyx by Yak
 
 

▪ Comment expliques-tu un tel succès ? Pourquoi, selon toi, l’impact de ce petit Elyx est si fort auprès du public ? ▪

Dans ce travail, j’ai essayé dès le départ de réduire l’expression à son minimum – car c’est une forme de langage – d’être minimaliste pour pouvoir exprimer un maximum de choses en essayant de travailler sur l’inclusion. Je préfère chercher ce qu’il y a de commun entre les gens plutôt que de chercher nos différences.

Au lieu de caractériser Elyx, je me suis dit : « Elyx appartient à tout le monde. Il doit être l’expression créative de notre regard d’enfant et les gens vont le suivre parce que ça leur fait plaisir et qu’ils retrouvent en lui quelque chose qui leur appartient déjà ». Tout le monde a déjà dessiné et a peut-être parfois l’impression de pouvoir prendre la place du dessinateur pour réaliser ce petit bonhomme bâton, et ça c’est génial.

Ce langage universel non verbal et les outils digitaux qui donnent la part belle à l’image – comme Instagram – permettent de raconter ce que l’on vit au présent. L’image n’est plus seulement un souvenir. Elyx devient comme une personnalité virtuelle. Nous sommes tellement gavés par les images technologiques que ça fait aussi du bien de voir ce petit dessin sans artifice, car ce qui compte, au fond, ce sont les histoires que l’on raconte.

 

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© Elyx by Yak
 
 

▪ Comment procèdes-tu pour réaliser tes dessins ? Je suppose que tu ne te balades jamais sans ton petit carnet ▪

Tout à fait ! Je sors dans la rue avec un équipement qui est finalement très léger. Je me promène, et ce sont les situations qui se présentent à moi. Je me suis fixé un protocole que je peux appliquer à n’importe quoi. Du coup ma matière est infinie, abondante. Cette liberté est très importante et ne dépend de personne, ni d’aucun matériel couteux. Je peux faire ça partout, n’importe quand, avec tout le monde et autant que je veux… Et ça, ça a vraiment été une révolution !

Pour moi, le bonheur, c’est l’abondance. Je ne suis plus tributaire de la technologie et de matériaux et outils complexes. Je reprends le contrôle de ma création et en plus les réseaux sociaux font qu’il y a ce lien direct avec le public qui est pour les artistes une révolution.

 
 

▪ Est-ce que la Ville de Paris a joué un rôle dans le lancement de cette aventure ? ▪

Totalement ! Quand on a la chance de vivre à Paris, on se rend compte de la valeur de cette ville. C’est un terrain de jeux infini, les gens viennent du monde entier pour vivre l’expérience de cette ville. C’est un décor et en plus c’est une ville qui est super vivante. C’est n’est pas une ville musée contrairement à ce que l’on entend souvent. Nous avons un patrimoine, des monuments, des expositions extraordinaires mais nous avons aussi un écosystème de start-up, d’entreprises d’économie sociale et solidaire, de gens qui créent de la valeur à partir de rien. Mais le cadre qui nous entoure est déjà un symbole, une marque, un marqueur qui se trouve dans l’imaginaire collectif et qui parle à tout le monde.

Vivre dans une ville pareille et passer ma vie dans un bureau derrière un ordinateur ne me convenait plus. Je suis né à Paris et ce que j’ai toujours aimé dans cette ville c’est de pouvoir m’y perdre. Paris est devenu mon atelier, mon terrain de travail. Cela peut s’appliquer ensuite à n’importe quelle ville mais Elyx est né à Paris, ville des expositions universelles, ville cosmopolite avec des gens qui viennent du monde entier, capitale mondiale… Pour moi c’est parfait, c’est l’œuf où il devait naître.

 

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© Elyx by Yak
 
 

▪ Quels sont vos projets pour l’avenir d’Elyx ? ▪

Il y a tellement de possibilités que je n’en vois pas le bout ! Il y a un livre qui va sortir à la rentrée aux éditions du Chêne, j’ai des projets d’animation, de cinéma… Il y a aussi une boutique en ligne qui va ouvrir d’ici fin juin dans laquelle nous avons travaillé sur toute une gamme et une collection avec des objets issus soit du commerce équitable soit fabriqués en France. Il y a également une application qui va sortir et qui permettra à n’importe qui de mettre en scène Elyx dans son quotidien.

Cet été, nous allons lancer pour les Nations-Unis, dont Elyx est l’ambassadeur virtuel, un tour du monde en 70 jours pour les 70 ans de l’Organisation. Nous allons envoyer des dessins un peu partout et nous allons récupérer les photos pour raconter l’histoire des différents pays choisis, toujours dans cette idée d’inclusion et de langage universel…

 

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© Elyx by Yak
 

Donc les possibilités sont vraiment infinies. C’est partie d’un petit truc de rien et puis à force de le faire et de le laisser vivre sans essayer de l’enfermer, le projet est allé dans plein de sens différents. Je travaille aussi beaucoup avec la culture, dans les musées, avec l’éducation. L’idée est toujours de créer un prétexte pour détourner les difficultés et aller au cœur de ce qui nous intéresse : le langage, la communication… Et comme c’est très simple au départ cela peut se confronter à n’importe quelle forme de complexité.

Au lieu d’être beaucoup quelque part, j’essaye d’être un petit peu partout. Ma grande crainte c’est qu’on finisse par dire : « Encore lui ! ». C’est pour ça que je fais très peu de communication. Si les gens veulent, ils peuvent venir me trouver. Je fais trois photos par jour tous les jours pour le compte Instagram, quoi qu’il arrive. Après, le reste, ça ne dépend plus de moi, l’image se diffuse en fonction de l’attente des gens.

Il y a deux jours, lorsque j’ai posté une photo d’Elyx en Californie, j’ai demandé aux gens « Et vous, est-ce que vous aimeriez qu’Elyx vous rende visite ? Si oui, dites moi où ! ». Et dans les commentaires, il y a le monde entier ! Donc il y a vraiment quelques chose à faire, c’est vraiment ça mon message. Quand tu vas faire une photo d’Elyx à Captown, en Afrique du Sud, et que toi tu as le même bonhomme dans les mains à Paris et que d’un coup tu le vois au Japon, tu te dis : « Oui ! On a des choses en commun » et c’est ça la base de mon projet.

 

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© Elyx by Yak
 

C’est pour cela que ce projet est en train d’arriver à une phase super excitante pour moi et très gratifiante : c’est en train de devenir une sorte de mouvement humain. C’est n’est pas basé sur une idéologie mais sur les gens et, in fine, ça finit par devenir politique parce que ça questionne le vivre ensemble et ce qu’on a en commun.

 

Elyx

 

Photo de couverture © Elyx by Yak
 

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