23 mai 2017

Le Musée de la vie romantique est un lieu dont on vous a déjà parlé. La blogueuse, Happy Us Book, lors de sa carte blanche pour Paris sur un fil vous avait touché deux mots sur l’ancienne demeure de l’illustre peintre hollandais Ary Scheffer.

 

 

Dernièrement, nous y sommes retournées avec un plaisir non dissimulé car il faut savoir que ce musée est un petit bijou caché dans le quartier sud de Pigalle. En pénétrant dans le domaine, nous avons été immédiatement happées par le magnifique jardin fleuri et lumineux – de circonstance pour visiter une exposition s’intitulant Le pouvoir des fleurs.

En pénétrant dans les belles salles du musée pour faire grincer le parquet d’époque, nous découvrons alors le travail artistique et scientifique de Pierre-Joseph Redouté (1759 – 1840), surnommé le « Raphaël des fleurs ». C’est la première fois qu’un musée français rend un tel hommage au travail de l’artiste. Grâce à un accrochage de plus de 250 peintures, aquarelles, objets d’art et vélins, nous sommes parties à la découverte du genre mineur qu’est celui de la peinture florale.

 

 

 

Pierre-Joseph Redouté est contemporain de la période charnière entre le XVIIIe siècle des Lumières qui a vu le développement des sciences naturelles et la première moitié du XIXe siècle avec l’apparition du courant romantique.

À cette époque, on maîtrisait très mal l’acclimatation des végétaux, c’est pourquoi il était nécessaire de dessiner les plantes provenant des grandes campagnes d’explorations, de la faune et de la flore en Afrique du Sud, en Amérique et en Australie.

 

 

Dès l’adolescence, Pierre-Joseph Redouté développe une passion pour la peinture de fleurs. Il l’acquiert auprès de religieux férus de plantes médicinales mais aussi en découvrant la peinture nordique hollandaise.

Méconnu du grand public, Pierre-Joseph Redouté était pourtant l’un des peintres botanistes préférés du pouvoir royal de l’Ancien Régime à la Monarchie de Juillet, de Marie-Antoinette à l’Impératrice Joséphine.

En 1635, Louis XIII crée le Jardin royal des Plantes médicinales. Sous la protection des figures royales, le peintre botaniste va y explorer fleurs et végétaux sous toutes leurs facettes. Il fréquente les scientifiques les plus éminents et collabore avec eux sur de nombreux ouvrages.

 

« Le peintre doit parvenir, pour aboutir à la perfection de l’iconographie végétale, à la réunion de trois éléments essentiels : l’exactitude, la composition et le coloris. »
Pierre-Joseph Redouté, Choix des plus belles fleurs […] et des plus beaux fruits, 1827

 

Pierre-Joseph Redouté s’inscrit dans la longue tradition des artistes de fleurs, un genre pourtant mineur en France à l’époque. Il pense que le noir et blanc est la meilleure façon de restituer les moindres détails des plantes qu’il observe à la loupe. Mais l’arrivée de la technique de l’aquarelle change considérablement la donne. L’artiste s’en empare et joue alors avec la transparence des couleurs pour donner une certaine délicatesse à ses dessins.

Le trait et la texture de ses croquis dépassent le simple domaine de connaissances de la flore. Sa production rigoureuse, empreinte d’une grande sensibilité, redonne vie à la nature. Pierre-Joseph Redouté franchit très rapidement les frontières du domaine scientifique pour toucher les arts décoratifs.

Son travail d’illustrateur influence considérablement l’esthétique du XIXe siècle et notamment les grandes manufactures contemporaines : la porcelaine à Sèvres mais aussi le tissage et la soierie à Lyon. Art, science et industrie se conjuguent dans l’œuvre de Pierre-Joseph Redouté. L’artiste propose une nouvelle façon de présenter les fleurs : sur un fond blanc, comme une planche botanique, en présentant l’exactitude des détails, mais en supprimant tous les éléments scientifiques.

 

 

Non seulement Pierre-Joseph Redouté est peintre botaniste, mais il est aussi graveur, éditeur, et professeur. A ce titre, il publie un ouvrage pédagogique, le Langage des fleurs. Il s’agit d’une référence pour les femmes du XIXè siècle. Elles y apprennent à composer leur propre bouquet, à dessiner des fleurs, à accessoiriser leur coiffure avec des éléments végétaux.

Porte-bouquets et éventails révèlent leur passion pour la botanique. Ces derniers accessoires, négligés au début du XIXe siècle deviennent « le(s) plus charmant(s) auxiliaire(s) de la coquetterie et de l’élégance » (Journal des Dames et des Modes, 7 juillet 1831). L’engouement est tel que les fleurs viennent aussi s’apposer sur des tentures, des broderies pour vêtements et même sur des papiers peints.

Le parcours de l’exposition nous conduit à voir l’évolution du travail artistique de Pierre-Joseph Redouté. On achève notre promenade au cours des siècles en découvrant la complexité des compositions florales peintes par l’artiste à la fin de sa vie.

 

 

Si Laurent Voulzy chante « changer le monde, changer les choses avec des bouquets de roses » dans sa chanson Le pouvoir des fleurs, ici l’exposition éponyme nous dévoile que l’âge d’or des sciences naturelles contribua au développement d’un art au caractère hybride et merveilleux.

 

 
 

Le pouvoir des fleurs : Pierre-Joseph Redouté (1759-1840)
Musée de la Vie romantique
16, rue Chaptal 75009 PARIS
Métro 2, 12 – Pigalle
Jusqu’au 1er octobre 2017, du mardi au dimanche de 10h à 18h

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